Quelques actualités volcaniques… du 1er mars 2026 au 6 mai 2026


Avec l’aimable autorisation de l’Association Volcanologique Européenne (LAVE)
qui édite une revue trimestrielle dans laquelle cet article est également publié.
   


Sans compter les nombreux volcans sous-marins, 40 à 50 volcans en moyenne sont en éruption simultanément sur notre planète. Heureusement, cet article n’a pas vocation à être une liste exhaustive de celles-ci, mais plutôt d’axer sur les situations qui semblent les plus intéressantes…

Sans être exceptionnelle, l’éruption du 13 février du Piton de la Fournaise, sur l’Île de La Réunion, a quand même été mémorable ! En plus de l’ouverture de la fissure éruptive à environ 300 mètres de randonneurs et du glissement de l’ancien Cratère Zoé sous la poussée de la lave, à l’origine d’une courte coulée pyroclastique et de modestes explosions phréatomagmatiques, deux événements relatés dans l’article de la dernière revue, plusieurs autres éléments doivent ici être rapportés.           
Lors de la majeure partie des éruptions de ce volcan, l’activité se déroule sur le haut de l’Enclos, une zone interdite d’accès, fermée à clé (!) et donc un peu à huis clos. Mais dès que la lave parvient dans les Grandes Pentes, l’activité devient visible depuis la route nationale qui traverse l’Enclos à basse altitude et attire par conséquent les foules… C’est ce qu’il se passa à partir du 4 mars, date à laquelle la lave franchit le cassé des Grandes Pentes, jusqu’à couper la bien nommée route des laves le 13 mars et se jeter ensuite dans l’océan Indien trois jours plus tard : les laves de cette éruption furent donc cantonnées pendant 19 jours à moins de 2 kilomètres du cône éruptif, mais elles parcoururent les 6 kilomètres restants en seulement 15 jours !   
Ayant habité à La Réunion et observé quelques éruptions de ce volcan, je rêvais de voir ce spectacle de la lave qui se jette dans la mer, alors après maintes hésitations, j’ai sauté dans un avion. Et quatre heures après avoir atterri, j’ai été pris par la magie… De ces quelques jours, j’ai bien des souvenirs en mémoire, dont voici une petite sélection. Il y a tout d’abord l’observation des laves pāhoehoe le premier jour, ces véritables sculptures naturelles qui se forment lentement dans un doux bruissement ! On ne sait pas où donner de la tête : ici, des sortes de cordes se dessinent délicatement. Là, un coussin gonfle lentement… Magnifique ! Le lendemain soir, j’arrive sur le site éruptif au moment où une grosse cascade coule par-dessus l’ancienne falaise littorale, avec une fluidité exceptionnelle ! Les variations de teintes de la lave sont ténues, mais soulignent le mouvement de ce flux qui retombe sur la nouvelle plateforme littorale, une quinzaine de mètres en contrebas ! Quelle chaleur ! Après une courte nuit dans la voiture, je redescends avant le lever du soleil et me cale le dos contre un arbre au bord de la falaise littorale, à un endroit qui permet d’apprécier l’ensemble de l’extrémité nord de la plateforme en construction. C’est un doux réveil, bercé par le déferlement des vagues en contrebas, les yeux divaguant dans ces vapeurs rougeâtres, cherchant le jaune de la lave qui coule… Une fois le soleil levé, je me rends sur la plage qui se forme en bordure de la plateforme et retrouve une dizaine d’habitués du volcan. Dans une sympathique ambiance, avec peu de mots, nous observons ces jolies laves lisses qui s’épanchent tranquillement sur le sable, à l’assaut de l’océan. Les vagues déferlent, certaines recouvrant le flux et le figeant instantanément… mais après quelques secondes, d’une fracture dans cette lave tout juste solidifiée, la lave incandescente reparait et crée un nouveau lobe actif. Ainsi, l’avancée de la plateforme est inexorable, par toutes ces modestes écoulements éphémères qui se chevauchent et prennent le relais du précédent. Parfois, une vague plus importante vient recouvrir l’ensemble de ce bout de plateforme. L’eau bouillonne quelques instants sur cette masse de lave chaude et vient y déposer une fine pellicule blanche de sels minéraux. Souvenirs impérissables… De ces moments passés entre la route des laves et l’océan, il faut aussi témoigner des milliers de personnes qui ont pu profiter de ce spectacle formidable et ce, sans accidents notoires ! J’ai vu ces réunionnais vivre avec leur volcan, et cela manquait à mon expérience réunionnaise ! Évidemment, je suis aussi allé voir le cône éruptif en activité, sur le haut de l’Enclos. Ce chaudron en ébullition, d’une trentaine de mètres de hauteur, avec des gerbes de lave projetées jusqu’à environ 25 mètres de haut, m’a ravivé quelques jolis souvenirs !    
Cette éruption a été aussi mémorable par ses multiples rebondissements. En effet, l’arrivée de la lave dans l’océan a construit une plateforme d’environ 8 hectares et d’une avancée de 193 mètres dans l’océan entre le 16 mars et le 25 mars, date à laquelle une première pause de l’éruption fut remarquée. La lave reparut dans le cône trois jours plus tard, le 28 mars, et emprunta le même réseau de tunnel, ce qui explique pourquoi dès le lendemain, les laves étaient déjà dans le Grand Brûlé. Un nouveau bras se forma plus au sud et coupa de nouveau la route en divers endroits les 1er et 2 avril. Le lendemain, l’éruption s’arrêta de nouveau pour ne reprendre que le 8 avril, toujours sur le même cône. Sauf que quelques heures plus tard, le 9 avril, un nouvel évent s’ouvrit 200 mètres environ en amont autour duquel se forma un second cône jusqu’au 12 avril, date de la fin de l’éruption. Elle fut donc vraiment singulière et me laisse riche de souvenirs que j’espère bien raconter lors de conférences Grand Public, alors si vous connaissez des centres culturels que ça pourrait intéresser, n’hésitez pas !

Laves cordées, le 19 mars 2026 au Piton de la Fournaise. © Ludovic Leduc
Cascade de lave par-dessus l’ancienne falaise littorale au Piton de la Fournaise, le 18 mars 2026. © Ludovic Leduc
Quelques filets de lave du Piton de la Fournaise tombent directement dans l’océan Indien, à l’extrémité nord de la plateforme littorale en construction, le 19 mars 2026. © Ludovic Leduc
La plateforme littorale active au lever du soleil, le 19 mars 2026 au Piton de la Fournaise. © Ludovic Leduc

Épanchement de laves pāhoehoe sur le sable de la nouvelle plage au Piton de la Fournaise, non loin des vagues, le 19 mars 2026. © Ludovic Leduc
Vue de la plateforme littorale du Piton de la Fournaise le 20 mars 2026, de plus de 800 mètres de long ! À environ 8 km de là, le dégazage révèle la position du cône éruptif, à gauche du cône sommital du volcan. © Ludovic Leduc

Au Kilauea, à Hawaï, l’éruption épisodique se poursuit, sans changements majeurs. Quatre épisodes se sont ainsi ajoutés dans la période, portant le total à 46 pour l’instant. Les épisodes 41, 42 et 43 ont impressionné par un débit très important d’environ 800 m3/s et des fontaines de lave culminant à 400 mètres de haut à leur paroxysme, pour des volumes émis d’environ 10 millions de m3 après des pauses inter-épisodes de près d’un mois. Observation intéressante, pour les trois derniers événements, ces différents chiffres peuvent être divisés par deux et ce, malgré une durée invariable de ces épisodes de 8 à 9 heures. Par conséquent, les pauses entre ceux-ci ne sont plus que d’environ deux semaines et le spectacle est ainsi plus fréquent ! D’autant que certains de ces épisodes sont parfois annoncés par de jolis débordements de lave : 75 se sont ainsi produit sur six jours avant l’épisode 44 du 9 avril ! Enfin, des lapilli retombent désormais assez fréquemment dans les zones touristiques et habitées lors de ces périodes d’activité, obligeant à faire un peu de ménage…

Fontaine de lave lors de l’épisode 46 du Kilauea, le 5 mai 2026. Remarquez les nombreux lapilli qui jonchent ce qu’il reste de la route « Crater Rim Drive », dont une partie avait été emportée lors de l’effondrement du sommet du volcan en 2018. © USGS

À Stromboli, dans les Îles Éoliennes, l’activité explosive est assez importante en ce moment et, comme d’habitude lors de ces périodes, le niveau de lave est assez haut dans certains conduits. Par conséquent, une activité d’éclaboussures est fréquemment observée sur certains évents du Cratère Nord et des débordements de lave. Depuis le 20 février, une quinzaine de coulées se sont ainsi épanchées dans la Sciara del Fuoco, mais elles n’allaient jamais très loin car ces événements étaient assez brefs, jusqu’à celle du 4 mai qui a réussi à atteindre la mer ! Espérons que le spectacle dure ainsi jusqu’à ma venue, lors du séjour que j’accompagnerai sur ce volcan (entre autres) à l’automne ! 

Les émissions de cendres du volcan Manaro Voui, sur l’île d’Ambae au Vanuatu, qui avaient commencé à être observées en décembre, sont devenues très fréquentes à partir du 20 février, formant des panaches jusqu’à 3000 mètres de haut et occasionnant des retombées de cendres sur les villages de l’île. Une incandescence est également souvent remarquable la nuit au sommet du volcan, et notamment début mai puisque les images satellites révèlent que le lac Voui, qui avait été déjà partiellement comblé avec la formation d’un cône éruptif lors d’une éruption précédente, l’est désormais totalement par des coulées de lave !

L’éruption du Mayon, aux Philippines, qui a commencé début janvier se poursuit, avec une coulée de lave dans les trois ravines du quart sud-est du volcan. Aux vues de la pente de ses flancs, ces coulées occasionnent de fréquentes avalanches et quelques courts écoulements pyroclastiques. Une grosse séquence d’effondrement le 2 mai doit tout de même être mise en avant : au moins 14 coulées pyroclastiques se sont propagées sur plusieurs kilomètres dans la ravine sud du volcan, à l’origine d’importantes retombées de cendres dans les villages aux alentours !

Coulées de lave et avalanches pyroclastiques sur le versant sud du volcan Mayon, le 3 avril 2026. Remarquez l’incendie à la base de l’édifice, suite à l’arrivée de fragments incandescents dans la végétation ! © Nehemiah Manzanilla Sitiar

Pour finir, quelques grosses explosions ont pu être observées sur certains volcans de la côte occidentale du Pacifique durant cette période. Des panaches de cendres d’environ 9000 mètres de haut se sont ainsi formés les 19 et 29 mars sur le Shiveluch, au Kamtchatka. Environ 3600 kilomètres plus au sud, une colonne de cendres de 3400 mètres s’est formée au-dessus du Sakurajima, au Japon, occasionnant des retombées de cendres à Kagoshima et Tarumizu, les deux villes les proches du volcan. Enfin, 2500 kilomètres encore plus au sud, une grosse explosion vulcanienne a été entendue jusqu’à 18 kilomètres du volcan Kanlaon, au Philippines, et a formé un panache de cendres d’environ 5000 mètres de haut !

Ludovic LEDUC, pour Objectif Volcans.


Outre sa revue, l’association LAVE permet à de nombreux passionnés de volcanologie de se retrouver et de partager leur passion commune pour les volcans, lors de rencontres régionales ou nationales. Rejoignez-nous !



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