NYAMURAGIRA (Nord Kivu, RDC) : le champ de lave continue de s’étendre !


Le Nyamuragira, en République Démocratique du Congo, est toujours bien actif !

Ce volcan, situé dans le Nord Kivu au sein de la chaine de montagnes des Virunga est l’un volcan des plus actifs d’Afrique de l’Est. Pourtant, il reste assez peu connu, contrairement à son tout proche voisin le Nyiragongo, qui a régulièrement fait parler de lui ces dernières décennies par la présence d’un lac de lave unique au monde et des éruptions marquantes (notamment en 2002 du fait de sa proximité avec la ville de Goma et son million d’habitants).

De plus, le Nord Kivu reste difficile d’accès à cause de l’insécurité persistance depuis plusieurs dizaines d’années maintenant. Ces troubles socio-politiques n’aident pas au maintient et au développement de moyens de surveillance. Les observations directes du volcan par les scientifiques sont donc rares et les données satellites figurent parmi les rares données disponibles pour suivre l’évolution de l’activité du Nyamuragira, pourtant très intense depuis plusieurs années.

En effet, jusqu’en avril 2023, cette activité se situait exclusivement au sein de la caldeira sommitale du volcan avec la présence d’un lac de lave présumé permanent, qui comblait petit à petit cette caldeira par débordement successifs.

Le 7 mai 2023, des images satellites permettaient d’observer le premier débordement de lave depuis le plancher de la caldeira, coté Ouest.

Comparaison des images Images Copernicus Sentinel-2 au niveau du Nyamuragira entre le 07/04/2023 et le 07/05/2023. On peut observer le premier débordement de lave depuis le plancher de la caldeira (partie WNW).

Le 11 juin 2023, le front d’une coulée de lave était quant à elle visible sur les flancs Ouest du volcan, et avait à priori déjà parcouru un peu plus de 3 km depuis les bords de la caldeira, en environ 1 mois donc ! Une image sans couverture nuageuse en date du 7 juillet 2023 permet de voir le beau champs de lave alors créé sur le flanc Ouest du volcan.

Comparaison des images Copernicus Sentinel-2 au niveau du Nyamuragira entre le 11/06/2023 et le 21/07/2023. Le champs de lave est facilement identifiable sur la photo de droite du 21/07/2023. Mais regarder bien l’image de gauche du 11/06/2023, où on perçoit entre les nuages le front d’une coulée !

Le 27 juillet 2024, environ 1 an après la création de ce premier champs de lave sur les flancs Ouest du volcan, on perçoit pour la première fois un rayonnement thermique sur le flanc Nord du Nyamuragira. Nous avons alors la première image nette d’une coulée de lave se mettant en place sur le flanc Nord, et qui s’étend déjà sur 4,8 km de long. D’après les images satellites disponibles, la mise en place de cette coulée aurait débuté au mieux après le 5 juillet 2024.

Comparaison des images Copernicus Sentinel-2 au niveau du Nyamuragira entre le 20/06/2024 et le 25/07/2024. Sur l’image de droite du 25/07/2024, on observe une coulée de lave se mettant en place sur le flanc Nord, et qui s’étend déjà sur 4,8 km de long.

Le 18 septembre 2024, bien que de nombreux nuages soient présent sur la photo satellite, on observe une alimentation des champs de lave au Nord et à l’Ouest de façon simultanée. Les fronts des coulées de lave les plus éloignées de la bordure de la caldera se situent à 4,8 km à l’Ouest et à 7,5 km au Nord, tout de même !

Images Copernicus Sentinel-2 au niveau du Nyamuragira le 18/09/2024. Les fronts des coulées de lave les plus éloignées de la bordure de la caldera se situent à 4,8 km à l’Ouest et à 7,5 km au Nord, tout de même !

le 30 juillet 2025, soit un peu moins d’un an après ces images montrant un champs de lave déjà bien conséquent, la longueur du champs de lave ne semble pas avoir progressé. Il est possible que les coulées n’était alors plus assez alimentées pour progresser, ou qu’elles se soient empilées les unes sur les autres.

Enfin, les images satellites du 12 novembre 2025 était particulièrement dépourvues de nuages et un permettaient alors de faire un point plus précis sur l’activité en cours !

Tout d’abords, même en lumière naturelle, la lueur rougeoyante très nette indiquait la présence d’un lac de lave toujours très actif au cœur de la caldeira du Nyamuragira.
Les images en lumières infrarouges permettaient quand à elle d’identifier que de nouvelles coulées de lave étaient en cours de mise en place sur le flanc Nord-Ouest et que d’autres (plus courtes) avaient pris place au Nord. Le champ de lave continue donc de s’étendre sur un grand quart Nord-Ouest du volcan !

Comparaison des images Copernicus Sentinel-2 au niveau du Nyamuragira entre le 30/07/2025 et le 12/11/2025.

Si la croissance de ce champs de laves continue, on peut se demander quelles seront les prochaines zones touchées par d’éventuelles coulées de lave associées à l’activité actuelle ?

Topographiquement, le secteur Nord-Ouest de la caldeira du Nyamuragira est celui où les rebords de la caldeira étaient les moins haut et donc les plus facile à franchir en cas de débordement de lave depuis l’intérieur de la caldeira, comme cela est le cas actuellement. Cela reste donc le secteur qui sera probablement le plus impacté dans le futur en cas de coulées de lave associées à l’activité actuelle.

Topographie au niveau de la caldeira sommitale du Nyamuragira. Les courbes de niveaux (tous les 10 m) permettent de constater la porte de sortie préférentiel sur le secteur NW. Crédits : opentopomap.org

Néanmoins, en observant de près les images satellites au niveau de la caldeira elle-même, on s’aperçoit sur l’image du 29 aout 2025 que la petite colline d’une quinzaine de mètre qui était présente au sein de la caldeira initialement a été complètement recouverte par un champs de lave en cours de formation au sein même de cette caldeira ! Le plancher de la caldeira est donc remontée d’au moins une quinzaine de mètres en deux ans, avoisinant probablement les 2970 m d’altitude par endroit.

Le même constat peut être fait sur le secteur Sud-Est de la caldeira, où ce qui pouvait probablement s’apparenter à une sorte de delta de lave (formé par une éruption fissurale hors de la caldeira à priori) adossé au rebord de la caldeira s’est quasiment fait recouvrir en l’espace de 2 ans.

Le rehaussement du plancher de la caldeira pourrait donc permettre à la lave de franchir les rebords de la caldeira sur un autre secteur… notamment au Sud ! Si cela était le cas, il est fort probable que la situation soit suivi de plus près par les autorités locales étant donnée que c’est par cette voie « sud » que des coulées de lave issues du Nyamuragira seraient le plus susceptibles d’atteindre des zones habités ! Néanmoins, il faudrait qu’une activité considérable (en volume et/ou en temps) aient lieu pour permettre à une coulée de lave de parcourir les 20-25 km qui sépare la caldeira du Nyamuragira de la ville de Sake (probablement la plus vulnérable).

Au passage, on pourra également observer sur les images précédentes les points particulièrement intéressants présentés ci-dessous :

(1) la superficie du lac de lave a diminué de moitié en 2 ans, en passant d’environ 14 ha à 7 ha ! Les dimensions actuelles sont de 270 m (l) x 290 m (L). Bien que réduite de moitié, ces dimensions sont comparables à celles du lac de lave du Nyiragongo en 2016, qui était d’environ 5 ha, pour des dimensions de 200 m (l) x 240 m (L). Il est quand même important de rappeler que de telles dimensions restent exceptionnelles pour un lac de lave, d’autant plus quand elles persistent dans le temps !

(2) même si le plancher de la caldeira a remonté et que le lac de lave semble se refermer, on observe des petits débordements du lac de lave. C’est notamment le cas à l’Est du lac de lave sur l’image du 29 aout 2025, où un débordement semble alimenter une coulée de lave progressant vers l’Est, au niveau de l’ancienne colline. En l’absence d’observation directe, il est impossible de décrire à quoi ressemble les abords du lac de lave, mais je serais curieux de savoir si nous observons alors un lac de lave perché avec de petites parois abrutes, ou bien un lac de lave au sommet d’une sorte de cône, aux pentes plus douces ?

Alex MOLLE pour Objectif Volcans

Sources et images : Copernicus Browser


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