Avec l’aimable autorisation de l’Association Volcanologique Européenne (LAVE)
qui édite une revue trimestrielle dans laquelle cet article est également publié.
Sans compter les nombreux volcans sous-marins, 40 à 50 volcans en moyenne sont en éruption simultanément sur notre planète. Heureusement, cet article n’a pas vocation à être une liste exhaustive de celles-ci, mais plutôt d’axer sur les situations qui semblent les plus intéressantes…
L’éruption du Kīlauea, à Hawaï, se poursuit sans changements majeurs, au niveau des évents au sud-ouest de la caldeira qui maintiennent un rythme discontinu. Si le temps de pause entre les épisodes est désormais plutôt de 10 à 15 jours, les phases d’activité durent toujours quelques heures et demeurent très spectaculaires et variées ! Jusqu’à mi-juillet, les fontaines de lave ont rivalisé de puissance et d’habileté pour créer des scènes époustouflantes, à l’image de la photo au dos de cette revue par exemple. À leur paroxysme, elles dépassaient toutes 300 m de hauteur, avec un record de 380 m le 20 juin ! Les téphras associés sont parfois retombés jusqu’à plus de 3 km sous le vent, bien qu’en majeure partie aux abords des évents. C’est pourquoi le cône rejoint désormais le haut de la falaise de la caldeira à certains endroits et juste en arrière, une colline de projections d’une trentaine de mètres d’épaisseur prend forme… Depuis quelques épisodes, les fontaines de lave ne dépassent pas 100 m de haut, mais elles demeurent parfois remarquables, à l’image de l’épisode 31 le 22 août durant lequel une inclinaison à 45° permit d’arroser de lambeaux de lave sur environ 300 m de long ! Enfin, n’oublions pas la majeure partie du volume émis lors de ces épisodes constituant les coulées de lave qui remplissent progressivement le fond du cratère. Depuis le début de cette éruption le 23 décembre 2024, elles se sont accumulées sur plus de 75 m !

© Yvonne Baur
L’île d’Hawaï, entre autres, a été touchée par le tsunami qui s’est propagé dans l’océan Pacifique suite au séisme de magnitude 8,8 (!) qui s’est produit au Kamtchatka à 23h24 le 29 juillet, faisant d’ailleurs quelques dégâts sur cette péninsule russe. Moins d’une heure après ce séisme, une coulée de lave s’épanchait sur le flanc sud-ouest du volcan Klyuchevskoy, offrant un buzz facile à de nombreux médias… Sauf que ce volcan était en éruption depuis le mois d’avril, une éruption très modeste cantonnée dans le cratère sommital de ce joli et imposant cône volcanique. La concomitance des deux événements ne laisse quand même que peu de place au doute : il est probable que les secousses sismiques ont ébranlé les bords du cratère, permettant à la lave qu’il contenait de s’épancher en-dehors ! En outre, le débit éruptif de cette éruption a été multiplié par cinq après ce séisme, alors si cet événement n’a pas déclenché l’éruption, il a joué un rôle certain ! Cette éruption, qui a duré jusqu’à la mi-août, était mixte, avec des coulées de lave et des panaches de cendres de 3 à 6 km de haut, à l’origine de quelques chutes de cendres dans le village de Klyuchi.
Un peu plus de quatre jours après le séisme, le 3 août, un autre volcan du Kamtchatka est entré en éruption : le Krasheninnikov ! Une fissure éruptive a coupé le cratère du sommet nord du volcan, à l’origine d’au moins deux coulées de lave, une sur le flanc nord qui faisait environ 2500 m de long le 9 août et l’autre sur le flanc est, plus petite à cette date mais clairement mieux alimentée comme le montrait une image satellite. D’ailleurs, seule cette dernière était encore active à la fin du mois d’août. En parallèle de ces effusions, une activité explosive a aussi animé le volcan depuis un évent à l’intérieur du cratère, avec des panaches de cendres de 4 à 7 km de haut au départ de l’éruption.
Au-delà de leur activité éruptive, ces deux éruptions au Kamtchatka suite à ce puissant séisme sont particulièrement intéressantes quant à l’étude des déclencheurs éruptifs !

© Sergei Aleksandrovich Romanenko

© Yuriy Demyanchuk
En Islande, une nouvelle éruption a débuté le 16 juillet dans le système magmatique de Svartsengi sur la péninsule de Reykjanes, alors que les données de déformation au-dessus du réservoir magmatique laissaient plutôt prévoir une éruption en septembre. Elle a été très similaire aux précédentes éruptions dans ce secteur, avec une fissure éruptive d’un peu moins de 3 km située plutôt au nord des fissures antérieures. Comme d’habitude, l’activité explosive a fini par se concentrer sur une seule zone où un joli cône d’une quarantaine de mètres de hauteur s’est construit. Le champ de lave formé s’est étendu sur environ 3,3 km², constitué principalement vers l’est, notamment jusqu’aux contreforts du massif de Fagradalsfjall, ce qui permit un accès aisé pour de nombreux touristes qui purent profiter des laves incandescentes tout près… Cette neuvième éruption depuis fin 2023 dans ce secteur de Svartsengi a duré 19 jours et pendant une bonne partie de celle-ci, l’éruption a pollué certaines zones à l’ouest de l’île. En effet, les conditions atmosphériques assez stables lors de cette période ont permis au « vog » de stagner, ce brouillard mêlant gaz éruptifs, fumées engendrées par les feux de mousses et fines particules de sulfates et d’acide sulfurique formés par la réaction du SO2 volcanique avec l’eau de l’atmosphère.

© Antoine Berger, géologue-photographe

© Antoine Berger, géologue-photographe
À l’Erta Ale, en Éthiopie, une volumineuse intrusion magmatique d’environ 30 km de long s’est formée le 15 juillet sur le flanc sud du volcan, témoignant d’un nouvel et énième épisode d’extension de la croûte terrestre à cet endroit. Cette intrusion a percé la surface en au moins deux endroits : une fissure éruptive s’est ouverte à environ 5 km de la zone habituellement active, avec une effusion brève mais assez abondante, et une autre avec une activité plus modeste au vu des images satellites à 9 km, au pied du volcan voisin Haily Gubbi. Cette vidange du magma de manière latérale a engendré une instabilité de la zone sommitale, occasionnant des effondrements et la reformation des célèbres cratère-puits nord et sud, qui font respectivement 400 et 200 m ! Y reverra-t-on bientôt des lacs de lave ?
En Sicile, l’Etna a beaucoup fait parler durant cette période ! Un paroxysme s’est tout d’abord produit le 2 juin au niveau du Cratère Sud-Est, comme il en arrive fréquemment. Mais cette fois, la pression interne a littéralement poussé son flanc nord qui s’est effondré, formant une impressionnante coulée pyroclastique. Elle s’est propagée vers le nord-est sur environ 3 km dans la Vallée del Leone, à une vitesse de plus de 200 km/h ! Sur la trentaine observée depuis 1986, c’est la plus importante des coulées pyroclastiques qu’a connu ce volcan ! Heureusement, elle s’est développée dans une zone très peu fréquentée, mais le développement rapide du panache co-pyroclastique vers le haut a engendré une panique chez les touristes qui se trouvaient dans la zone sommitale à plus de 1500 m de l’écoulement… De manière plus classique, ce paroxysme a aussi produit des coulées de lave et une activité de fontaine de lave qui a engendré une colonne de cendres d’au moins 7 km de haut.
Une autre phase d’activité importante s’est produite sur ce même Cratère Sud-Est le 19 juin, mais la mauvaise météo a empêché d’observer précisément l’activité. Des retombées de cendres ont quand même été décrites, ainsi qu’une coulée de lave de 4 km de long qui a été émise depuis l’échancrure formée le 2 juin lors du glissement/effondrement du flanc nord de ce cône volcanique. Une modeste activité strombolienne reprit sur ce même cône volcanique fin juillet. Elle accompagna deux effusions le mois suivant, une brève le 10 août et une autre à partir du 14 août jusqu’à la fin de ce mois, depuis différents évents situés sur la même fracture qui alimenta le champ de lave de février, entre 3200 et 2980 m d’altitude au sud et à la base des cratères de la Bocca Nuova et du Cratère Sud-Est. Outre quelques coulées modestes sur ce dernier et à sa base, le champ de lave principal s’étendit sur le haut flanc sud-ouest du volcan, comme en février, sur environ 2 km de long jusqu’à 2350 m d’altitude. L’éruption fut modeste, avec un faible débit, mais comme toujours, le spectacle a été magnifique, d’autant qu’il put être observé par un certain nombre de touristes accompagnés de leurs guides !

© Michel Grand

© Guy de Saint-Cyr

© Giuseppe Distefano, Etna Walk

© Giuseppe Distefano, Etna Walk
Finissons enfin avec un petit tour rapide de notre planète. L’activité effusive du Nyamulagira au Congo, est toujours très intense, avec un probable lac de lave dans la caldeira qui engendre visiblement quelques débordements sur le plancher de celle-ci. Un champ de lave se forme également depuis plusieurs mois sur le flanc ouest-nord-ouest du volcan : il s’étend actuellement sur 4 km de long.
Au Guatemala, le Fuego a produit un nouveau paroxysme du 4 au 6 juin. Une fontaine de lave s’est maintenue pendant plus de 30 heures, formant une colonne de cendres rabattue vers l’ouest occasionnant quelques retombées dans certains villages. Cette activité explosive a été accompagnée de coulées de lave dans diverses ravines, d’écoulements pyroclastiques jusqu’à 7 km de long et d’un lahar ! 600 habitants ont été momentanément évacués, puis l’activité explosive ordinaire a repris normalement.
En Indonésie, le Lewotobi continue son éruption et empêche toujours 4000 personnes de rentrer chez elles. En effet, quelques puissantes explosions se produisent de temps en temps, formant des panaches de cendres de 8 à 16 km de haut parcourus parfois d’éclairs ! Lors de cette période, listons au moins les événements du 18-19 mai, du 17 juin, des 01-02 août et du 18 août. En plus de retomber dans les villages à proximité du volcan, ces cendres perturbent toujours le trafic aérien dans ce secteur.
Enfin, au Japon, une éruption a débuté au Kirishima fin juin, sur le cône Shinmoedake. Des colonnes de cendres de 1 à 5 km de haut se forment régulièrement, occasionnant des retombées de cendres assez importantes dans le secteur.
Ludovic LEDUC, pour Objectif Volcans.
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