Avec l’aimable autorisation de l’Association Volcanologique Européenne (LAVE)
qui édite une revue trimestrielle dans laquelle cet article est également publié.
Sans compter les nombreux volcans sous-marins, 40 à 50 volcans en moyenne sont en éruption simultanément sur notre planète. Heureusement, cet article n’a pas vocation à être une liste exhaustive de celles-ci, mais plutôt d’axer sur les situations qui semblent les plus intéressantes…
L’éruption débutée le 23 décembre au Kīlauea, à Hawaï, se poursuit. Depuis la précédente revue, dix épisodes éruptifs se sont ajoutés, portant leur nombre à vingt-et-un pour l’instant ! Ces phases d’activité sont assez brèves, de 10 à 40 heures environ, et sont séparées par des pauses de plusieurs jours. Mais le spectacle n’a rien de rébarbatif, non ! Il fallait voir ces phases de gaz-piston, avec un niveau de lave qui s’élevait et s’abaissait périodiquement dans l’évent nord le 19 mars ! Il fallait saisir ce jet de lave dressé de près de 350 mètres de haut le 26 mars ! Il fallait admirer cette fontaine de lave maintenue pendant vingt-trois heures jusqu’à 200 mètres de hauteur le 1er et 2 avril ! Il fallait observer cet abondant débordement de lave par-dessus l’évent nord le 22 avril ! Il fallait voir cet éventail de lave d’une puissance incroyable le 11 mai, après que l’évent nord se soit momentanément obstrué… Quel spectacle !!



La mode est sans doute aux éruptions discontinues en ce moment car de l’autre côté de la planète, une séquence similaire a débuté sur le Cratère Sud-Est de l’Etna, en Sicile. En effet, tous les quatre ou cinq jours en moyenne, des phases d’activité strombolienne plutôt modestes animent ce cône éruptif pendant quelques heures. Pour l’instant, treize épisodes se sont produits, la plupart alimentant aussi des coulées de lave de quelques centaines de mètres de long dans les échancrures sud et est qui découpent ce cône volcanique.


À l’inverse du Kilauea et de l’Etna qui fonctionnent en système ouvert, le système magmatique de Svartsengi, sur la péninsule islandaise de Reykjanes, évolue de manière fermée. L’activité peut toutefois être considérée comme discontinue là aussi, car depuis le mois de décembre 2023, des éruptions s’enchaînent dans un même endroit et alternent avec des phases de remplissage du réservoir magmatique. Dans la dernière revue, j’écrivais qu’une nouvelle éruption semblait imminente dès la fin du mois de février, mais il fallut attendre le 1er avril pour que se produise la huitième éruption dans ce système magmatique en seize mois, comme quoi la prédiction volcanique a encore à faire ! Étonnamment, alors qu’on s’attendait à une éruption importante au regard de la longue accumulation de magma dans le réservoir, l’éruption fut très modeste ! La fissure éruptive s’ouvrit sur 1200 mètres, coupant la butte de terre érigée autour de Grindavik pour protéger le village, mais l’activité ne dura que sept heures pour un volume émis très faible. Toutefois, cette éruption marqua le début d’une intense activité sismique qui se développa sur environ 20 kilomètres vers le nord-est, témoignant de la mise en place d’une intrusion magmatique d’ampleur jusqu’au nord de la péninsule, non loin de la route reliant la capitale à l’aéroport ! Cet événement illustre un élément intéressant : les volcans se construisent aussi par du magma qui n’arrive jamais en surface !
L’activité explosive qui anime habituellement le sommet du Fuego, au Guatemala, depuis plus de vingt ans s’est arrêtée mi-janvier. Une puissante explosion secoua tout de même le volcan dans la nuit du 8 au 9 mars, suivie d’autres dans la journée. Puis, en soirée, l’activité explosive s’intensifia et devint continue, formant une fontaine de lave d’environ 300 mètres de haut qui alimenta une colonne de cendres de 3 kilomètres de haut pendant huit heures et qui occasionna des retombées jusqu’à 120 kilomètres à l’ouest du volcan ! Le calme revint ensuite pendant plusieurs semaines, avant un retour progressif de l’activité explosive ordinaire… Une bonne chose pour le tourisme lié à ce volcan (et pour le séjour 80 Jours Voyages que j’accompagne en novembre) !

Un des quatre cônes actifs depuis plusieurs mois dans la caldeira de l’Erta Ale en Éthiopie, s’est effondré début avril, laissant observer ce qui se trouvait sans doute à l’intérieur depuis plusieurs mois : une étendue de lave d’une dizaine de mètres de diamètre ! Le dynamisme observé à cet endroit témoigne sans détour d’un lac de lave, soit le sommet d’un conduit éruptif, bien que sa taille atteste plutôt d’une mare…

L’activité phréatomagmatique du Poas, au Costa Rica, rapportée dans la revue précédente s’est nettement intensifiée à partir du 23 mars, avec des émissions de cendres très fréquentes et quelques panaches importants, jusqu’à 4 kilomètres de haut. Les retombées de cendres sur certains villages s’ajoutent à d’autres symptômes à cause des concentrations de gaz importantes dans l’air (maux de tête, nausées, maux de gorge, yeux larmoyants)… Aux Philippines, le Kanlaon continue son activité débutée en octobre 2024, avec des émissions de cendres et quelques grosses explosions parfois, à l’origine de panaches de cendres jusqu’à environ 4 kilomètres de haut, comme les 8 avril et 13 mai. Au Lewotobi, en Indonésie, l’activité explosive produit régulièrement de modestes colonnes de cendres, mais une puissante explosion a formé un panache d’au moins 8 kilomètres de haut le 20 mars ! Elle a été entendue jusqu’à la ville de Maumere, à 63 kilomètres de là ! 4000 personnes sont toujours évacuées autour de ce volcan et ce, depuis plusieurs mois. Le Bezymianny, au Kamtchatka, a lui aussi produit un volumineux panache de cendres le 23 avril, quelques semaines après qu’une éruption extrusive ait débutée au début du mois de février. Le panache de cendres a lui aussi atteint 8 kilomètres de haut !
Et pour finir, une éruption sous-marine a été brièvement observée sur le site de Tica, au niveau de la dorsale médio-océanique Est-Pacifique, à 2100 kilomètres à l’ouest du Costa Rica et à 2500 mètres de profondeur. À bord d’un submersible, les deux scientifiques et le pilote qui l’occupait le 29 avril n’ont pas reconnu la faune et la flore qui se développent près des sources chaudes de ce site et qu’ils avaient observé la veille à cet endroit… et pour cause : tout était enseveli sous du basalte fraichement solidifié ! Un pillow lava en formation fut même observé un peu plus loin, avant que le sous-marin ne remonte pour des raisons de sécurité ! Une brève observation, mais qui nous rappelle que la grande majeure partie du volcanisme terrestre se passe sous l’eau, à l’abris des regards…
Ludovic LEDUC, pour Objectif Volcans.
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