Avec l’aimable autorisation de l’Association Volcanologique Européenne (LAVE)
qui édite une revue trimestrielle dans laquelle cet article est également publié.
Sans compter les nombreux volcans sous-marins, 40 à 50 volcans en moyenne sont en éruption simultanément sur notre planète. Heureusement, cet article n’a pas vocation à être une liste exhaustive de celles-ci, mais plutôt d’axer sur les situations qui semblent les plus intéressantes…
Dans la revue précédente, je terminais mon article en annonçant le début d’une nouvelle éruption sur la péninsule de Reykjanes, la dixième depuis la réactivation volcanique en 2021 et la septième sur le système magmatique de Svartsengi en un peu moins d’un an ! En effet, le 20 novembre, une longue fissure éruptive d’environ 3 kilomètres de long s’ouvrit vers 22h30, dans le même secteur que les précédentes. Le débit initial était important, ce qui permit à la coulée principale de progresser rapidement vers l’ouest, à une vitesse de l’ordre de 350 m/h dans les premières heures ! Cette coulée atteignit ainsi la route traversant la péninsule en seulement six heures… Puis, elle longea l’énorme rempart de terre érigé pour protéger la centrale géothermique de Svartsengi et détruisit une conduite d’eau chaude alimentant la région de la capitale, avant d’ensevelir le parking menant aux bains chauds du Blue Lagoon attenant à la centrale. Ensuite, comme d’habitude, l’activité diminua d’intensité et en quelques jours, elle se stabilisa sur un seul secteur de la fissure initiale. Un petit cône s’y construisit et continua d’alimenter le champ de lave qui s’épaissit et s’étendit modestement. L’éruption se termina le 8 décembre après 18 jours d’activité, mais dès la fin du mois de novembre, l’inflation dans le secteur de Svartsengi reprit, indiquant un afflux de magma dans le réservoir magmatique avec un débit supérieur à celui de l’éruption. Depuis fin février, le volume accumulé à cet endroit est comparable à celui avant la dernière éruption : la prochaine éruption semble donc imminente !

Une autre éruption où il peut être question de prédiction volcanique a débuté au Kilauea, à Hawaï, le 23 décembre. Une fissure éruptive s’est ouverte sur le plancher de la caldeira sommitale, mais l’activité s’est rapidement stabilisée sur deux évents situés dans la bordure sud-ouest de celle-ci. L’activité y est curieusement intermittente, avec des pauses de 1 à 12 jours qui alternent avec des épisodes éruptifs de quelques heures jusqu’à 8 jours ! Durant ces derniers, des fontaines de lave 30 à 50 mètres animent généralement les deux évents, avec des phases plus intenses parfois, comme le 25 février lorsqu’une fontaine de lave a atteint près de 200 mètres de haut ! Les coulées associées s’étalent dans le cratère et participe ainsi à la hausse progressive du plancher depuis son effondrement en 2018. Lors des périodes sans activité, une lueur persiste au niveau des évents, ainsi qu’un faible trémor et un flux de gaz supérieur au niveau de fond. Cela atteste que le magma n’est pas loin, mais que la pression interne n’est pas suffisante pour maintenir l’éruption en surface… Néanmoins, les GPS situés sur les bords de la caldeira révèlent un lent gonflement du sol pendant ces pauses et donc une mise en pression progressive. Mieux, les scientifiques locaux ont estimé qu’il faut une variation d’angle de 2à 10 microradians pour que l’activité revienne, ce qui prend entre un et quinze jours… Un fonctionnement vraiment passionnant, en plus d’un spectacle magique !



En Sicile, l’Etna est entré en éruption le 8 février. Un évent s’est ouvert au pied sud de la Bocca Nuova, vers 3000 mètres d’altitude et a alimenté une coulée de lave d’une dizaine de mètres de large et d’une épaisseur de 6 à 8 mètres qui s’est épanchée sur le haut flanc sud-ouest du volcan… L’interaction entre la lave et la neige qui couvre la zone sommitale en hiver généra quelques explosions secondaires au niveau du front de la coulée, mais aucun accident n’a été rapporté tandis que de nombreuses personnes ont profité de ce spectacle magique ! En plus de cette activité effusive, une activité strombolienne anima le Cratère Sud-Est, déposant des cendres sur les flancs du volcan… L’activité s’arrêta le 19 février, la coulée s’immobilisant à une altitude de 1840 mètres après 4,3 kilomètres de parcours. L’effusion reprit trois jours plus tard, avec un débit fluctuant, ainsi qu’une activité explosive sur le Cratère Sud-Est assez variable, puis l’activité s’arrêta de nouveau le 2 mars. Reprendra-t-elle ?


Alors que la région de Goma en République Démocratique du Congo est désormais aux mains des rebelles, les activités des volcans Nyiragongo et Nyamulagira continuent, imperturbables, bien qu’elles ne puissent plus être suivies que grâce aux images satellites. Celles-ci indiquent qu’ils maintiennent tous deux ce qui semble être des lacs de lave… L’éruption du Nyamulagira paraît vraiment intense, car après son important épisode effusif qui forma un champ de lave imposant sur le flanc ouest du volcan en juillet-septembre 2024, la lave déborde de nouveau de la caldeira par cet endroit depuis début janvier. À l’Erta Ale, en Éthiopie, l’activité effusive se poursuit par intermittence dans la caldeira, au niveau des anciens cratères-puits désormais remplis. En décembre et janvier, l’activité effusive a été assez intense et des coulées ont notamment atteint la bordure ouest de la caldeira mi-janvier : la lave pourrait déborder prochainement à ce niveau !
Aux Philippines, les émissions de cendres quotidiennes du Kanlaon décrites dans la revue précédente ont continué, formant des panaches de cendres jusqu’à 800 mètres de haut. Puis, une violente explosions se produisit le 9 décembre et forma une colonne de cendres de 4 kilomètres de haut, à l’origine de retombées assez importantes et d’une onde de choc qui fit trembler des objets dans un rayon de 30 kilomètres ! L’alerte 3 fut déclenchée, assortie d’une zone d’exclusion de 6 kilomètres obligeant plus de 15 000 personnes à évacuer. Puis, des émissions de cendres plus modestes reprirent et continuent à cette heure…
Au Costa Rica, quelques explosions se sont produites dans le lac acide du Poas en janvier, accompagnant une hausse des émissions de SO2 depuis décembre 2024 et une baisse du niveau du lac. Puis, à partir du 14 février, ces explosions probablement phréatomagmatiques devinrent bien plus fréquentes, avec souvent plusieurs événements par heures formant des panaches cypressoïdes caractéristiques jusqu’à 200 mètres de haut.
Ludovic LEDUC, pour Objectif Volcans.
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